Moins de 30 minutes, 55 militaires tués : qui gouverne le Venezuela après la capture de Maduro ?

Le vendredi 2 janvier 2026 à 22 h 46, heure de l'Est des États-Unis, le président Donald Trump a donné l'ordre. Les forces américaines attendaient depuis environ quatre jours que la couverture nuageuse se dissipe au-dessus du Venezuela. « Nous avons attendu quatre jours », a déclaré Trump par la suite, selon la reconstitution d'AP publiée par PBS NewsHour.
Vers 1 h 01, heure de l'Est, le samedi 3 janvier, les forces américaines ont atteint la résidence de Nicolás Maduro à Caracas. À 3 h 29, elles étaient de retour au-dessus de la mer, emmenant le président vénézuélien et son épouse, Cilia Flores. L'attaque elle-même a duré moins de 30 minutes.
Les questions qu'elle soulève dépassent le raid : qui gouverne désormais le Venezuela, à quelles conditions, et à quel prix humain.
Comment l'opération s'est-elle déroulée ?
Le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées américain, a indiqué que l'opération, baptisée « Absolute Resolve », avait mobilisé plus de 150 aéronefs partis de tout l'hémisphère occidental, dont des chasseurs F-18, F-22 et F-35, des bombardiers B-1 et des drones. Des hélicoptères ont pénétré au Venezuela en volant au ras de l'eau, selon AP.
Selon Dan Caine, les forces s'étaient entraînées pendant des mois, notamment sur une réplique du bâtiment, et étaient prêtes dès début décembre. Au moins sept explosions ont été entendues à Caracas. Un hélicoptère américain a été touché par des tirs à l'approche de la résidence, mais est rentré sans encombre.
Donald Trump a affirmé que Maduro était « très bien gardé » et qu'il avait presque atteint une pièce sécurisée qu'il n'a pas pu fermer. Il a publié une photo du dirigeant vénézuélien, les yeux bandés, avec la légende « Nicolas Maduro à bord de l'USS Iwo Jima ».
Le raid a couronné des mois d'escalade. Depuis début septembre, l'armée américaine frappait des bateaux soupçonnés de transporter de la drogue dans les Caraïbes et l'est du Pacifique ; AP a recensé 35 frappes connues ayant tué au moins 115 personnes. Le 29 décembre, un drone de la CIA avait frappé une zone d'amarrage qui aurait servi aux cartels, première opération directe connue sur le sol vénézuélien.
Combien de personnes sont mortes ?
Donald Trump a déclaré que quelques militaires américains avaient été blessés et qu'à sa connaissance aucun n'avait été tué : « Quelques gars ont été touchés, mais ils sont revenus et ils sont censés aller assez bien. »
Côté vénézuélien, les bilans sont venus de Caracas et de La Havane. Le 6 janvier, l'AFP a rapporté la mort de 55 militaires et membres des forces de sécurité : l'armée vénézuélienne a confirmé la mort de 23 de ses soldats, et Cuba celle de 32 membres de ses forces armées et de son ministère de l'Intérieur affectés à Caracas, âgés de 26 à 67 ans, dont deux colonels et un lieutenant-colonel. Le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino López, a estimé que nombre des Cubains tués faisaient probablement partie de la garde rapprochée de Maduro, selon lui largement décimée.
La vice-présidente Delcy Rodríguez a affirmé que des civils avaient aussi été tués. Au moment du rapport de l'AFP, le Venezuela n'avait publié aucun bilan officiel des victimes civiles.
Qu'est-il advenu de Maduro ?
Maduro et Cilia Flores ont été transférés à New York. Le ministère américain de la Justice a publié un acte d'accusation leur reprochant leur rôle dans un complot de narcoterrorisme. Le lundi 5 janvier, ils ont comparu devant un tribunal et plaidé non coupable de trafic de drogue et d'autres chefs, selon l'AFP. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a appelé les États-Unis à garantir à Maduro un « procès équitable ».
Qui détient le pouvoir à Caracas ?
Quelques heures après l'audience, Delcy Rodríguez a prêté serment comme présidente par intérim. Donald Trump avait déclaré que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela jusqu'au choix d'un nouveau dirigeant, ajoutant : « Nous n'avons pas peur d'envoyer des troupes au sol s'il le faut. »
Selon l'AFP, Trump a dit qu'il travaillerait avec Delcy Rodríguez si elle satisfaisait ses exigences, notamment l'accès des entreprises américaines aux réserves pétrolières du pays, faute de quoi elle paierait « un très lourd tribut, probablement plus lourd que Maduro ». Elle a gardé le gouvernement inchangé, dont le ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello et Vladimir Padrino López, considérés comme les véritables détenteurs du pouvoir. Quatorze journalistes ont été arrêtés pendant la couverture de son investiture, puis tous relâchés.
La cheffe de l'opposition María Corina Machado, à qui Washington n'a confié aucun rôle dans la transition, a déclaré qu'on ne pouvait pas faire confiance à Delcy Rodríguez. La Constitution vénézuélienne impose des élections dans les 30 jours suivant la déclaration formelle d'absence du président, a rappelé l'AFP.
Les prisonniers politiques sont-ils libérés ?
Le 14 janvier, Delcy Rodríguez a affirmé que les libérations de prisonniers détenus sous Maduro allaient se poursuivre, parlant d'un « nouveau moment politique », a rapporté AP. Elle a assuré que son gouvernement avait libéré 406 détenus, sans en apporter la preuve. L'ONG Foro Penal avait vérifié au moins 68 libérations et estimait que plus de 800 personnes restaient détenues pour des motifs politiques. La Maison-Blanche a attribué les libérations à la pression américaine, ce que Delcy Rodríguez a contesté.
Ce que nous ne savons pas
- Combien de civils ont été tués : aucun bilan officiel ne figurait dans les rapports consultés.
- Combien de prisonniers politiques ont réellement été libérés : les chiffres du gouvernement et ceux vérifiés par Foro Penal divergent fortement.
- Quand, et si, les élections prévues par la Constitution auront lieu.
À surveiller
Le procès de Maduro à New York, le rythme des libérations vérifiées et la question de savoir si l'exigence américaine d'accès au pétrole pèsera davantage sur la transition que la Constitution vénézuélienne montreront ce que la nuit du 3 janvier a réellement changé.
Sources
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