L'Ouganda a voté dans le noir — combien de morts autour du septième mandat de Museveni, et qui les compte ?

Vers 3 heures du matin, des personnes réunies dans un garage à Butambala, à quelque 55 km au sud-ouest de Kampala, attendaient de fêter une victoire électorale. Muwanga Kivumbi, le député d'opposition propriétaire de la maison, a raconté à Reuters que des assaillants « ont enfoncé la porte d'entrée et ont commencé à tirer dans le garage ». « Ils ont tué 10 personnes dans ma maison », a-t-il dit, selon Al Jazeera.
La police livre une autre version. Sa porte-parole, Lydia Tumushabe, a affirmé que des « voyous » de l'opposition armés de machettes et organisés par Muwanga Kivumbi avaient attaqué un poste de police et un centre de dépouillement, et que « la police a tiré en légitime défense ». Au moins sept personnes ont été tuées et trois blessées dans les affrontements, a indiqué la police à Reuters.
Pourquoi cette élection compte-t-elle ?
Yoweri Museveni, 81 ans, dirige l'Ouganda depuis 1986. Le samedi 17 janvier, la commission électorale l'a déclaré élu pour un septième mandat avec 71,65 % des voix, a rapporté NPR. Son principal adversaire, Bobi Wine (Robert Kyagulanyi), 43 ans, de la National Unity Platform, a obtenu 24,7 %. La plupart des quelque 50 millions d'Ougandais ont moins de 40 ans et n'ont connu qu'un seul président.
Le scrutin s'est tenu internet coupé. Il était d'autant plus difficile de savoir ce qui se passait, y compris pour les observateurs.
Qu'a coupé la suspension d'internet ?
Le 13 janvier, le gouvernement a ordonné aux opérateurs et fournisseurs d'accès de suspendre l'accès public à internet et certains services mobiles, invoquant la sécurité, selon AllAfrica. La cheffe de la mission d'observation de la Communauté d'Afrique de l'Est, Edda Makabagwiza, a déclaré que cette directive avait directement affecté la compilation et l'analyse des rapports de terrain des observateurs.
L'accès général a été rétabli à partir du 18 janvier. Le directeur exécutif de la Commission ougandaise des communications, Nyombi Thembo, a qualifié la suspension de « nécessaire et proportionnée », mais réseaux sociaux et messageries sont restés bloqués, a rapporté le Daily Monitor. Le 26 janvier, le chef des forces armées, le général Muhoozi Kainerugaba, a écrit sur X : « Nous libérons tous les réseaux sociaux aujourd'hui. »
Où était le chef de l'opposition ?
Après le vote, Bobi Wine a dit que des soldats encerclaient sa maison pour le placer en résidence surveillée. Son parti a ensuite affirmé qu'il avait été « emmené de force » par un hélicoptère de l'armée ; l'armée a qualifié ces informations de « sans fondement », selon l'AFP.
Bobi Wine a ensuite déclaré que la police avait fait irruption chez lui tard le 16 janvier et qu'il s'était échappé. « Je sais que ces criminels me cherchent partout », a-t-il écrit, ajoutant que son épouse et d'autres proches restaient assignés à résidence. Depuis un lieu tenu secret, il a déclaré à la BBC rejeter des résultats « faux », dénonçant un bourrage d'urnes sans en fournir de preuves détaillées, et exclu tout recours en justice, estimant que « la justice en Ouganda est capturée », a rapporté Pulse Uganda. Il a appelé ses partisans à manifester pacifiquement.
Qui a jugé le scrutin équitable, et qui non ?
- Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme avait estimé que l'élection se tenait dans un climat de « répression et d'intimidation généralisées », selon Al Jazeera.
- Des organisations de défense des droits humains ont condamné la coupure d'internet, les violences, les restrictions imposées à la campagne de l'opposition et l'exclusion de plusieurs observateurs internationaux, selon NPR.
- Les observateurs de l'Union africaine n'ont relevé aucune preuve de bourrage d'urnes mais ont critiqué la longue coupure, selon Pulse Uganda.
- La Commission ougandaise des droits de l'homme a fait état de problèmes techniques et de procédure qui, selon elle, n'ont pas compromis l'équité globale du scrutin.
- Yoweri Museveni a accusé l'opposition de vouloir renverser l'élection par la violence et qualifié certains de ses partisans de « terroristes ».
Ce que nous ne savons pas
- Le bilan. La police parle de sept morts dans l'affrontement de Butambala. Muwanga Kivumbi, de 10 tués dans sa seule maison. Bobi Wine, de dizaines de partisans tués, dont au moins 10 qui surveillaient le dépouillement. Aucun de ces chiffres n'a été vérifié de façon indépendante, et nous n'avons trouvé aucun décompte complet.
- Ce qui s'est passé à Butambala. Police et opposition donnent des versions opposées de qui a attaqué qui.
- Le nombre exact de voix. NPR donne 7 944 772 voix à Museveni, Pulse Uganda 7 946 772. Les deux indiquent 71,65 %.
Ce qu'il faut suivre
Bobi Wine refusant la voie judiciaire, le seul recours formel signalé dans nos sources est une requête devant la Cour suprême du candidat arrivé sixième, Robert Kasibante. La question plus durable est celle que pose la coupure : dans un pays où l'on peut éteindre internet le temps d'un scrutin, qui pourra documenter le prochain ?
Sources
- NPR via KJZZ : Uganda's longtime leader declared winner in disputed vote (17 janvier 2026)
- Reuters via Internazionale : At least seven killed in Ugandan post-election violence, police say (16 janvier 2026)
- Al Jazeera : At least seven killed overnight in Uganda after tense presidential election (16 janvier 2026)
- AFP via The Standard : Where is Bobi Wine? (17 janvier 2026)
- Daily Monitor : Govt restores internet but warns public against misuse (20 janvier 2026)
- AllAfrica : Social media to be fully restored today, says Gen Muhoozi (26 janvier 2026)
- Pulse Uganda : Bobi Wine rules out court petition against Museveni victory (21 janvier 2026)
Articles associés
Commentaires (0)
Connectez-vous pour participer à la discussion.
- Pas encore de commentaires — soyez le premier.



